LONGUE LETTRE SEVERE MAIS JUSTE

Aux membres neuchâtelois du Club alpin, à
à leurs chaussettes rouges et à leurs gros souliers

Nous n'allons pas passer l'histoire du CAS à la loupe mais retenir un fait, patent: le désintérêt plus que centenaire du CAS pour tout ce qui n'est pas les sommets alpins et leurs mythologies pétries d'helvétismes.
Evidemment, il s'agit bien du club "alpin" et "suisse" - et non pas d'un club de pétanque.

Il n'en reste pas moins que ces qualificatifs "alpin" et "suisse" ont eu des effets pervers en formant l'idéologie du club. Ils ont poussé à croire que ce qui est suisse est nécessairement alpin et que ce qui est alpin est seul digne d'intérêt dans le relief.

Ces deux mots sont imprimés si fortement sur les membres du CAS, même romands, qu'ils ont fini par induire chez eux une très curieuse attitude: une déconsidération, inconsciente mais bien réelle, pour les régions montagneuses qui ne sont pas alpines.
La Suisse, en bref, la vraie, c'est les Alpes. Le reste, c'est du terrain industriel.

JURA, PETITES BOSSES POUR ANARCHISTES

Ainsi, la chaîne jurassienne - nous y arrivons - n'est simplement rien, dans l'idéologie alpino-helvétique, par rapport aux Alpes. Ces Alpes de Hodler, aux parois si célèbres où se déroulèrent tant de drames et d'exploits...

L'Arc Jurassien ? Qu'est-ce ? Aucune gloire, aucune aventure, aucune grandeur, aucune fierté nationale, aucune histoire, aucun réduit pour l'armée, aucune mythologie. Aucun Ramuz, aucun peintre d'envergure, aucun Rossini pour aucun Guillaume Tell, aucun chanteur de rock dans aucun dialecte.
L'Arc jurassien ? Des détritus poussés et pliés par les molasses du Plateau lors de la surrection des Alpes.
Un repaire d'anarchistes. De séparatistes emmerdeurs. De "spéciaux", comme au Locle et à la Vallée de Joux.

Quant à leur crêtes, ah ah ! laissez rire l'idéologie alpino-helvétiste ! Des sommets extrêmes à 1600 mètres ! Avec des vaches, des hôtels et des parkings pour 200 voitures.
Vous voulez rire ?
L'alpino-helvétisme va vous le dire: leur seul intérêt, à ces crêtes, est de permettre aux randonneurs alémaniques de venir voir les Alpes, s'il fait beau, sur 160 degrés....

DE L'AUTO-DECONSIDERATION

Il ne fait pas de doute que les sections du CAS arc-jurassiennes, depuis longtemps et à l'insu de leur plein gré, ont admis et participé, par leur célébration univoque des Alpes, à cette dévalorisation de l'arche jurassienne en tant que région naturelle.
Pire: un partie de la population a maintenant intériorisé cette idée de non-valeur naturelle et esthétique, ou de valeur médiocre.

L'Arc jurassien, c'est quoi ?
Un climat répulsif. Un coin de refoulés qui mendient des usines.
Voilà où nous en sommes arrivés.

Or cette auto-déconsidération, maintenant, explose littéralement dans la proposition du Conseil d'Etat neuchâtelois et du Grand Conseil, de traiter les crêtes comme de la merde.

Que valent-elles, à leurs yeux ?
Rien, simplement rien. Juste bonnes à produire, avec des machines gigantesques dont personne ne voudrait sur le Plateau, trois grains d'électricité qui leur donneront bonne conscience.

(Evidemment, nous le savons bien: il y a à l'affut, juste derrière, des sociétés de truands et des conseillers communaux qui vendraient leur mère pour trois sous).

LA FORFAITURE

Qu'un gouvernement cantonal puisse, aujourd'hui, considérer son propre territoire comme négligeable et exploitable par des filous, est inouï, presque hallucinant.

Mais ce mépris ne vient tout de même pas de très loin. Il faut se souvenir que lors de l'affaire des Pradières, dans les années 60, c'est le Conseil d'Etat lui-même qui a puissamment poussé à la protection de toutes les crêtes.

Or, le gouvernement actuel et le Législatif font exactement l'inverse:
ILS FOUTENT TOUT EN L'AIR.

Cela porte au moins un nom: ignominie.

La raison républicaine ne peut que convoquer ces gens devant un mépris définitif.

REMUEZ VOS GODASSES !

Il ne vous reste rien d'autre à faire, présidents, comités et membres des diverses sections neuchâteloises, qu'à monter un barrage contre les inepties gouvernementales, contre ce mépris ouvertement affiché.
Nos crêtes sont à l'Arc jurassien ce que ses arêtes et sommets sont aux Alpes. Rien de moins. Nous n'y touchons pas.
Si vous ne comprenez pas cela, mieux vaudrait vous jeter dans la prochaine crevasse.

Mais si vous comprenez, alors alertez vos troupes, et pas avec un filet de voix.

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