MESSAGE DE NUMA DROZ,
PRESIDENT DE LA CONFEDERATION

Berne, le 1er Mars 1876.

Libéraux radicaux neuchâtelois de 2014 !

Autant vous dire tout de suite que je vous trouve, pour la plupart, bien fluets, proprets et gentillets.
Que dis-je ? Pâlots, pâlichons, délavés. Essorés.

Que ne relisez-vous le National Suisse du 8 décembre 1868, par exemple, et l'article qui mit le feu aux poudres de la polémique sur la laïcité de l'école ! Et je passe sur la loi écclésiastique de 1873: des champs de mines et des artilleries faisant feu de tous cotés.

C'était là de la vraie politique. D'hommes debouts. Il y avait des intérêts, certes, évidemment, mais surtout des causes, et non des moindres, et des batailles pour les défendre et les gagner !

1815, et 30 et 48 nous collaient encore à la peau comme de la poix.

Oui, c'est vrai, nous avions des adversaires, de vrais adversaires. Quel privilège formidable ! Des socialistes rocailleux et généreux, à côté desquels ceux de votre temps ne sont même pas de molles savonnettes, des royalistes obstinés, des anarchistes flamboyants et polyglottes - et bien sûr les meutes de cagots hélas pour nous bien plus calvinistes que luthériens.

Et vous, et vous, qu'êtes-vous devenus ?

J'apprends maintenant que vous vous apprêtez à vendre le sol de nos pères à des mercantis, des trafiquants, des prébendiers, des margoulins vivants du vent ?

Je vous le demande: êtes-vous devenus fous ?

Savez-vous encore ce que République veut dire ?

Si jamais vous deviez permettre cette bassesse, cet avilissement, alors je vous prie de faire disparaître mon nom de toutes les places, de toutes les rues, de tous les édifices du canton.

Parce que vous m'aurez trahi, parce que vous aurez trahi et vendu la République de 48 pour trois deniers et l'aurez traînée dans le déshonneur.

NUMA DROZ

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